Tenoumer - Mauritanie 2007

Tenoumer est le nom d'un cratère d'origine météoritique situé dans le désert au nord est du pays. D'une largeur d'environ 2 kms on distingue bien sur place l'effet de l'impact sur le sol, qui a créé un cône d’une hauteur impressionnante. Il est également visible nettement sur les photos satellite. Pour ce troisième voyage en Mauritanie, cette curiosité géologique me servit de destination / prétexte idéal pour une découverte de cette région du désert mauritanien. Un voyage de 8000 kilomètres en Afrique de Tanger à Tanger, dont 3300 kilomètres parcourus en Mauritanie.

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Carte

La descente

Mardi 26/12/2006 : Lever tôt afin de quitter la région parisienne de bonne heure. Température de -7° sur la route au sud de Clermont. Quelques amis amateurs de 4x4 qui habitent dans le sud sont venus nous faire un coucou sur le port de Sète. Embarquement un peu long sur le "Biladi". Départ aussi en retard. Sur le même bateau plusieurs 4x4 transformés avec de véritables cabines de camping car intégrées. C'est intéressant comme croisement de races. Repas et nuit sur le bateau. Acceptable mais ne vaut vraiment pas ce que nous avons connu sur d'autres traversées et notamment sur le Carthage. Mais remplacer la traversée de l'Espagne par une croisière nous permet de nous reposer et d'arrivée en Afrique avec beacoup moins de kilomètres dans les pattes.

Mercredi 27/12/2006 : Repos sur le bateau. Mer calme. Rien à faire hormis les tampons sur les passeports et la fiche de douane du véhicule. C’est d’ailleurs assez mal organisé et il faut compter 2 bonnes heures d’une file d’attente ou chacun tente de voler quelques places. La publicité pour le bateau indique "36 heures de Maroc en plus...". C’est bien vrai, nous voici dans l’ambiance avant d’avoir débarqué. Nous changeons également des euros afin d'avoir quelques dirhams dès notre arrivée au Maroc.

Jeudi 28/12/2006 : Débarquement à Tanger. Passage de la douane assez rapide, les démarches d’enregistrement ayant été faites sur le bateau. Début de la descente du Maroc. Autoroute jusqu’à Casablanca et Settat, puis route. Très nombreux contrôles de vitesse au radar, fixes et mobiles. Déjeuner d’un sandwich boulettes de viande sur l’une des stations d’autoroute. Route entre Settat et Marrakech très fréquentée. Nous n’arriverons pas à destination avant la nuit. Nous n’avons pas réservé d’hébergement pour le trajet. Il nous faudra donc trouver un point de chute pour chaque soir. Aujourd’hui débute la période de la fête du mouton et la plupart des hôtels sont pleins. Nous trouvons quand même quelque chose à Marrakech. Repas et nuit à l’hôtel.

Vendredi 29/12/2006 : Nous quittons Marrakech en direction d'Agadir. La circulation est encore importante, il est difficile (et parfois dangereux) de doubler. Tout se calme dès que nous quittons Bouizarkane en direction du sud. Route jusqu’au nord de Tarfaya. Plein d’essence au prix détaxé. A partir d’ici et jusqu’à la frontière mauritanienne le prix du gasoil varie entre 4,40 et 4,80 Dirhams le litre. J’avais déjà entendu parler de l’auberge "La Courbine d’Argent" sans pour autant avoir eu l’occasion de m’y arrêter. Y arrivant en fin d’après midi nous y ferons l’étape du jour. Très bon accueil, bon repas, petit prix, bon service et assez rare : tout compris même l’apéro. Une étape à recommander. Facile à trouver car près de la route en bord de mer. Les pêcheurs peuvent s’y attarder s’ils veulent pratiquer leur sport favori.

Samedi 30/12/2006 : Quelques courses et à nouveau les pleins d’essence à Laayoune. L’espace entre les villes s’allonge au fur et à mesure que l’on avance vers le sud. Route pour Dakhla. Les contrôles des gendarmes à l’entrée ou la sortie des villes se font un peu plus pressants. J’ai oublié de noter sur les fiches de police préparées à l’avance pour le groupe les numéros d’entrée au Maroc (tamponnées sur les passeports lors de la première entrée dans le pays). Certains policiers nous les font rajouter à la main au contrôle. A Dakhla nous nous arrêtons à l’hôtel Doums. Effectivement pas cher mais si vous passez dans cette ville choisissez un autre hôtel ; ou faites un bivouac.

Dimanche 31/12/2006 : Route de Dakhla à la frontière marocaine. Nous faisons les pleins d'essence y compris les réserves (environ 80 litres supplémentaires par voiture) à la dernière station avant la frontière, où nous en profitons pour déjeuner. Rencontre assez surprenante d'un groupe de mobylettes de La Poste qui descendent vers le Burkina Faso. Il nous faudra attendre plusieurs heures à la douane marocaine qui en cette période de fête fonctionne au ralenti. Chaque passeport est vérifié par radio au cours d’échanges entre le poste de douane et la ville de Dakhla. Nous attendrons un grande partie de l’après midi. Une fois les autorisations enfin obtenues des douaniers marocains, nous traversons le No Man’s Land entre les deux frontières et arrivons en vue des douanes mauritaniennes. Ce passage n’est toujours pas goudronné mais la piste n'est pas longue et assez facile. Un petit bout de sable suffit quand même à piéger la fourgonnette qui accompagne les mobylettes et aura besoin d'un coup de sangle pour sortir. Artouro (guide local à qui nous faisons appel pour les assurances, change et divers services) nous attend à la frontière mauritanienne. Le passage est un plus rapide que du côté marocain, obtention quasi immédiate des visas et tampons sur les passeports. Seule difficulté avec les bouteilles d’alcool que les douaniers trouvent dans les véhicules. Les douaniers sont moins tolérants que les années précédentes mais tout fini par s’arranger après quelques discussions. Une très belle route nous attend à la sortie de la douane mauritanienne. Elle permet de rejoindre Nouadhibou et Nouakchott sans reprendre la piste. Nous roulons jusqu’à Bou Lanouar, où au creux d’une barkane Artouro nous a dressé une Khaima pour passer la soirée du nouvel an, et il nous y apportera comme convenu le change, les assurances pour les voitures, et un plat de langoustes grillées délicieuses. Nous passons la soirée du nouvel an sous la tente. Sympa même si assez simple. Heureusement que nous avons la tente car un vent de sable désagréable s’est levé et soufflera toute la nuit.

Bou Lanouar - Tenoumer

Lundi 01/01/2007 : Après une nuit un peu agitée à cause du vent, à nous la piste et les grands espaces pour cette première journée de l’année. Nous refaisons les pleins à une petite station sur la nouvelle route au sud de Bou Lanouar, puis quittons la route cap Est Nord Est pour longer la voie ferrée du train qui transporte le minerai de fer de Zouerat à Nouadhibou. Itinéraire du roadbook Douane - Zouerat. Nous allons longer cette voie pendant plusieurs centaines de kilomètres. Le vent est encore un peu plus violent que la veille. C’est vraiment limite au niveau de la visibilité, on pourrait se croire dans une tempête de neige par moments. Aucune trace n’est visible au sol. La piste est assez facile, mais traverse aussi des zones un peu plus ensablées. Entre deux bourrasques de vent, nous apercevons le fameux train. C'est vrai qu'il est long. Impossible d'en voir les deux extrémités en même temps. Un peu plus loin sur la piste, croisement d’un 4x4 de suisses (Berne) et de 2 motos qui vont dans l’autre sens. Nous ne verrons pas d’autres voyageurs sur cette piste avant le soir. Nous restons au sud de la voie ferrée jusqu'à approcher les grands monolithes. Nous obliquons alors au Nord pour rejoindre celui d'Aïcha au pied duquel des artistes sont venus réaliser des sculptures sur pierre pour le passage à l'an 2000 et la paix au Sahara Occidental. Quelques touristes sont déjà sur place avec des guides locaux. Ils ne resteront pas et poursuivent leur route. Le coucher du soleil approche. Nous bivouaquons au pied des rochers. Encore une nuit de vent (qui d'ailleurs ne nous lâchera pratiquement plus jusqu'au bout du voyage).

Mardi 02/01/2007 : Nous quittons le monolithe d’Aïcha, passons près de celui de Ben Amira, et retraversons la voie ferrée un peu plus à l’est qu’hier. Croisons quelques plantations d’arbres près de la voie dans le sable. Peut être pour essayer de le retenir. Piste encore sableuse à la traversée de quelques cordons de dunes puis de plus en plus roulante en approchant de Choum. Un train à vide (venant de Nouadhibou et remontant vers Zouerat) nous double à l’arrivée sur Choum alors que la piste est à quelques mètres de la voie. Impressionnant. Nous ne nous arrêtons pas à Choum qui ne nous semble pas d’un grand intérêt. Nous avons des réserves eau et essence pour joindre Zouerat, bien que la consommation du Toy 120 avec la monte des pneus en 17 pouces et la boite automatique se révèle bien plus importante que prévu. A partir de Choum changement de cap pour se diriger plein nord. Nous longeons d’abord la voie ferrée côté ouest, puis à une dizaine de kilomètres de Char nous bifurquons vers cette passe marquée sur les cartes IGN. Nous y ferons un pique nique agréable près des puits. Une jolie gorge ensablée en haut de laquelle une oasis inhabitée en hiver. Surement utilisée l’été pour la récolte des dattes. Par contre nous n’avons pas trouvé les restes du fort. Après le repas reprise de la piste, sur des terrains globalement très roulants. Nous arrivons à Fderik en milieu d’après midi. D’ici il faut rejoindre Zouerat par une petite route goudronnée le long des montagnes exploitées pour leur fer où la circulation se fait à gauche. Vraiment surprenant car une fois atteint Zouerat on roule de nouveau à droite. Contrôle rapide des gendarmes à l’entrée de la ville. Nous allons nous poser à l’hôtel Oasian. Pas vraiment de charme mais une bonne douche et un repas tout à fait correct. Hotel plus souvent utilisé par les ingénieurs étrangers de passage qui interviennent sur les machines ou chantiers de la mine, que par les touristes. Pleins d’essence, et quelques courses dans un magasin assez bien approvisionné. Nous croisons un couple d’italiens qui sont en voyage avec un guide local et son pickup. Ils envisagent comme nous de rejoindre Ouadane et voudraient faire un bout de désert avec nous mais leur guide ne veut pas quitter les pistes classiques et surtout semble réticent à l’idée de se rendre dans la région de Tenoumer. Finalement ils ne nous suivront pas.

Mercredi 03/01/2007 : Départ pour notre premier hors pistes du voyage. Itinéraire du roadbook Zouerat - Tenoumer. Après avoir contourné le guelb par l’est, et traversé une petite pleine, cap plein est à travers l’Erg Hammami. Nous sommes en fait à sa pointe sud. Je m’attendais à des dunes plus ou moins difficiles. C’est en fait un terrain de 30 kilomètres d’herbe à chameau qui nous attends. Impossible de rouler plus vite qu’au pas. Il nous faudra la matinée pour traverser l’Erg. Puis le terrain devient un peu plus facile avec quelques langues de terre et de sable durci. Nous remontons alors au Nord vers Tourine. Après le lit d’un oued et quelques puits, arrivée au milieu de barkanes aux ruines de l’ancien fort de Tourine. Pause déjeuner au milieu de laquelle un nomade dans une belle tenue traditionnelle passe nous voir sur son dromadaire sellé. Echange de quelques mots et babioles et le voici reparti sans que nous sachions d’où il venait ni où il allait. Quelques oiseaux près de Tourine, signe également qu’il doit se trouver des points d’eau. Tourine, c’est également ici que l’on croise l’itinéraire de la « Route de l’Ouest » d’Odette de Puigaudeau, tracé Nord/Sud reliant Tindouf à Atar. Voici comment elle décrit cette zone de puits affleurants : « Les dernières vagues de sable venaient mourir dans l’oued en aklé de petites dunes plus claires, incurvées en croissants, dunes errantes qui, poussées par le vent, cheminent insensiblement sur le terrain crevé de puits, simples trous d’eau qu’elles ensevelissent et libèrent tour à tour ». Nous repartons ensuite cap est nord est, sur des terrains parfois suivant un oued, parfois sur des plateaux, en général de plus plus roulants. Nous croisons et empruntons de nombreuses traces, sans pouvoir affirmer qu’il s’agit de réelles pistes. Au bord de l’une de ces pistes, nous découvrons une tombe. Les pistes et traces de plus en plus rapides nous conduisent dans l’oued Khatt, que nous quittons pour prendre un cap plus au nord sur un terrain absolument plat au sud de Tenoumer sur plusieurs dizaines de kilomètres. Le soleil se couchant, nous nous arrêtons pour le bivouac à une vingtaine de kilomètres du cratère. Rien à l’horizon dans toutes les directions. Nous nous regroupons autour de quelques petits rochers isolés. Le vent est un peu moins violent ce soir mais assez froid sur ce plateau.